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Diagnostic psy : Peut-on le faire soi-même ?

Le mot du Fil santé Jeunes - 11 avril 2023

HPI, autisme asperger, TDAH, hypersensibilité, dépression, troubles anxieux etc… Tu t’es peut-être déjà demandé si tu étais atteint par un de ces « troubles ». Comme pour beaucoup de question que l’on se pose aujourd’hui, le premier réflexe est de la poser sur internet. C’est plus rapide et moins difficile que de faire la démarche de rencontrer un professionnel en vrai. On n’est jamais mieux servi que par soi-même après tout ? Pas sûr dans ce cas-là ! Et on va tenter de comprendre pourquoi ici.

Poser un mot, ça rassure

Ces « troubles » sont des mots qui permettent parfois de nommer un ensemble de signes. Diagnostic reconnu, existant ou pas, parfois ce qui compte c’est juste de pouvoir poser un mot et avoir l’impression de trouver un sens à ce qu’il se passe pour nous. Alors oui ça rassure ! C’est comme si on pouvait justifier notre souffrance, lui donner un nom en lui collant une étiquette qui la rend particulière. Quel soulagement lorsqu’on a l’impression de cerner le problème ! Mais est-ce que ce diagnostic donne vraiment un sens à notre mal-être et permet d’en comprendre la cause ? Rien n’est moins sûr, décrire quelque chose ce n’est pas expliquer pourquoi elle est là et encore moins la soigner !

En tous cas quand on va mal, chercher un diagnostic ce n’est pas forcément mauvais signe. C’est bien qu’une partie de nous veut « se comprendre » et aussi reprendre en main la situation, la maitriser en lui accolant un mot : « Ouf ! je ne suis pas fou, c’est bon je suis juste hypersensible, je suis sauvé ! »

Ce qui peut être problématique, c’est de le faire seul face à un ordinateur car on peut vite se reconnaitre dans des choses qu’on lit ou qu’on écoute, exagérer le trait ou parfois à l’inverse minimiser sa souffrance.

Certaines choses peuvent influencer notre opinion ou nos réponses à nos questions. C’est ce qu’on appelle un biais ou biais de traitement de l’information. Un peu comme quand tu crois avoir super envie d’un pain au chocolat sans te rendre compte que l’odeur de la boulangerie t’a influencé.

Connais-tu l’effet Barnum ?

C’est un biais de traitement de l’information bien connu par les voyants, mediums et les rédacteurs d’horoscopes. Il s’agit de l’effet induit par une vague description de quelque chose, que ce soit une situation ou des traits de personnalités par exemple, qui est si vague qu’elle pourrait s’appliquer à presque tout le monde ! L’effet barnum réside justement dans le fait que l’on va pourtant être inexorablement poussé à se reconnaitre personnellement dans cette description.

Dans le même genre, tu as peut-être aussi déjà entendu parler du biais de confirmation. C’est un biais de traitement de l’information présent chez tout le monde. Il nous amène à rechercher les informations (sur internet ou dans la vie en générale) qui nous permettent de confirmer ce que l’on pense déjà. Donc, on s’inquiète d’avoir tel ou tel trouble mais on n’en est pas sûr. On fait des recherches que l’on oriente parfois même sans s’en rendre compte et puis généralement on finit par se dire que c’est ça : « Je le savais ! »

Morale de l’histoire : notre raisonnement peut vite être biaisé et erroné quand il s’agit d’évaluer nous même si nous souffrons de tel ou tel trouble.

S’autodiagnostiquer peut très facilement nous mener sur une mauvaise piste.

Qui peut poser un diagnostic ?

Comme tu commences à le comprendre, le diagnostic ne peut venir que d’un autre que nous car nous sommes bien trop concernés et sujet à ces biais pour percevoir les choses de manière objective.

Pour un trouble psychique, il va falloir faire appel à un spécialiste : le psychiatre. Ce professionnel est un médecin spécialisé en santé mentale, il a donc les connaissances et le recul nécessaire pour poser un diagnostic.

Et d’ailleurs lui-même n’est pas tout puissant non plus, pourquoi ne pas avoir l’avis de plusieurs psychiatres pour poser un diagnostic ? On peut aussi avoir besoin de prendre le temps de plusieurs séances pour avoir un avis plus fiable.

Mais alors s’il est impossible de s’autodiagnostiquer correctement, pourquoi est-ce que cela peut rassurer, à un moment donné, d’avoir ce diagnostic ?

Je sais ce que j’ai, donc je sais qui je suis !

Avoir un diagnostic ça peut aussi parce donner l’impression de mieux se connaitre : Grâce à ce trouble, je sais enfin qui je suis, quel genre de personne je suis et je l’accepte plus facilement : « Je ne suis pas bizarre ou anormal, je suis juste TDAH » – Quel soulagement d’avoir sa petite étiquette déjà toute faite, c’est presque comme un deuxième signe astrologique J

Finalement on sait à quelle catégorie ou à quel groupe on appartient d’une certaine manière. A l’adolescence c’est normal d’avoir particulièrement besoin de se situer par rapport aux autres et de souhaiter rentrer dans une catégorie ou un groupe.

L’appartenance à un groupe auquel s’identifier est indispensable pour l’être humain. Nous avons besoin de nous trouver des caractéristiques communes avec d’autres personnes, mais aussi des différences, pour trouver notre place et notre identité. Et ce diagnostic, ce mot qui est posé sur des fonctionnements psychiques particuliers, c’est un mot qui peut permettre de se sentir pareil que certains et différents des autres, ou de justifier ce ressenti.

Mais si on pouvait se représenter soi-même et se résumer uniquement par UN mot, comme si celui-ci expliquait tout de nous, ce serait triste tout de même non ? On est tous des êtres complexes et uniques !

Pour résumer : si tu t’interroges sur ta santé psychique, tu peux bien sûr t’informer par toi-même, mais il est souvent nécessaire de rencontrer un·e psychologue, ou un·e psychiatre, si tu recherches un diagnostic fiable.