10 mesures d’urgence pour renforcer le repérage et l’intervention précoce en santé mentale
« Agir tôt, c’est soigner mieux. »
Tel est le leitmotiv du rapport consacré au repérage et à l’intervention précoce en santé mentale chez les jeunes, remis le 12 février dernier à la ministre de la Santé, Stéphanie Rist.
Les troubles psychiques constituent la première cause de morbidité et de handicap chez les 15-25 ans. Cette tranche d’âge est particulièrement vulnérable : entre 63 et 75 % des troubles psychiatriques apparaissent avant 25 ans. « En l’absence d’intervention, environ un tiers des jeunes présentant des symptômes psychotiques atténués évolueront vers un trouble psychotique », alertent les autrices : Pr Marie-Odile Krebs, psychiatre (GHU Paris), Dr Rachel Bocher (psychiatre, CHU Nantes) et Mme Angèle Malâtre-Lansac (Alliance pour la Santé Mentale).
Or, en France, les délais d’accès aux soins pour des troubles psychiatriques débutants peuvent atteindre entre deux et cinq ans pour les troubles psychotiques, et jusqu’à dix ans pour les troubles bipolaires.
Un système à simplifier
Face à un état des lieux jugé préoccupant — multiplication des dispositifs, manque de lisibilité, véritable « mille-feuille institutionnel », ruptures entre pédopsychiatrie et psychiatrie adulte, fortes inégalités territoriales et absence de pilotage national — les autrices appellent à une réorganisation profonde du repérage, de l’orientation et de la prise en charge des jeunes.
S’appuyant sur les internationales menées depuis plus de trente ans, en Australie, au Royaume-Uni ou au Canada notamment, et de l’efficacité démontrée des modèles d’intervention précoce sur le nombre et durées d’hospitalisation, les rechutes et les coûts, elles préconisent un déploiement national structuré de programmes de détection et d’intervention précoce (DIP).
Structurer et financer
Le rapport propose la création d’un centre national ressource, chargé de définir un cadre commun, d’harmoniser les pratiques, de coordonner la formation et de suivre des indicateurs de qualité. Il recommande également un maillage territorial structuré, avec des dispositifs couvrant des bassins de 200 000 à 300 000 habitants, complétés par des centres régionaux capables de prendre en charge les situations complexes.
Les autrices appellent aussi à la formation massive de l’ensemble des professionnels au contact des jeunes, ainsi qu’au développement d’outils numériques de dépistage et de téléconsultation. Elles insistent enfin sur la nécessité de garantir un financement pluriannuel et d’associer davantage les jeunes et leurs familles à la conception des dispositifs afin d’en améliorer la lisibilité et l’efficacité.
Une dynamique déjà engagée
Cette ambition s’inscrit dans une dynamique déjà engagée. Depuis 2006, le Réseau Transition œuvre au déploiement et à la diffusion de ces pratiques de repérage et d’intervention précoce sur le territoire, en articulant production de connaissances, formation des professionnels, soutien aux équipes de terrain et outils de sensibilisation et de déstigmatisation disponibles sur son site santepsyjeunes.fr.
Le Réseau Transition se tient ainsi pleinement mobilisé pour contribuer à la mise en œuvre opérationnelle des recommandations du rapport, dans une logique de coopération avec les pouvoirs publics et l’ensemble des acteurs concernés. La reconnaissance et le renforcement des dynamiques existantes constituent un levier essentiel pour engager un changement d’échelle rapide et durable au bénéfice des jeunes et de leurs familles.
Et toi, comment tu vas vraiment ?